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9782845342316
Le littoral, la dernière frontière
Entretien avec Jean-Louis Violeau
2014
fr
Paul Virilio
« Depuis plusieurs années, l'extérieur l'emporte partout sur l'intérieur et l'histoire géophysique se retourne tel un gant », constatait Paul Virilio en 2009. La situation n'offre aucune prise, la « fin de l'Histoire » masque avant tout une fin de la géographie et de son continuum. L'immédiateté exclut l'étendue. Monde fini, fin de la géographie... mais comment donc reconfigurer l'espace pour calmer les flux ? La passion contemporaine pour l'édification de murs témoigne de cette ambivalence jouant simultanément sur la fermeture et l'ouverture, entre un pouvoir de plus en plus virtuel et de grossières barrières physiques, barricades ou corridors. À l'heure du « village planétaire », pensez donc ! Mais le village n'a-t-il pas toujours été dominé par l'isolement et la surveillance ?

(…) chaque fois que s'accroît la rapidité du mouvement, le contrôle et sa traçabilité augmentent d'autant.

Pas de plan B et un peu comme au temps de la "drôle de guerre", on sait, mais un savoir irréel où tout semble continuer comme avant. La situation n'offre aucune prise (…)

La passion contemporaine pour l'édification de murs témoigne de cette ambivalence jouant simultanément sur la fermeture et l'ouverture entre un pouvoir de plus en plus virtuel et de grossières barrières physiques, barricades aussi bien que corridors.

Aucune machine n'a jamais été inventée pour ralentir. La vitesse, c'est la croissance ; ralentir reviendrait à décroître.

Les deux tiers de la population urbanisée se retrouvent en effet à moins de cent kilomètres des seuils littoraux.

La question de la mobilité se joue à l'endroit où il y a une rupture de charge, en clair sur une plate-forme multimodale conjugant maritime, aérien et terrien.

L'emport domine les stratégies urbaines contemporaines et l'on comprend bien dès lors la place qu'y tiennent les finisterres conjuguant les trois capacités d'emport.

Il s'agit d'une crise écosystémique, de caractère sériel, qui pose l'urgence d'une météopolitique et d'une gestion du temps. Sinon, instantanéité et globalisation, communauté des affects et synchronisation de l'émotion : c'est la grande peur !

Churchill disait qu'un optimiste est un homme qui voit une chance derrière chaque calamité.

Si l'on souhaite faire avancer aujourd'hui la pensée, il nous faut retrouver cette passion collective, sans cela rien ne passera. Nous nous dirigeons trop exclusivement vers le numérique, vous voyez, et nous oublions la pensée incarnée.

Il ne s'agit pas non plus d'une simple question de migrations. Il s'agit d'un ensemble qui conjugue les nomades et les sédentaires, ceux qui sont chez eux nulle part et ceux qui sont chez eux partout.

Un gouvernement qui (…) nie son rapport à la géopolitique au profit de la virtualité des flux boursiers est un gouvernement fini, fatal, qui disparaîtra et ne peut mener qu'au chaos.

L'ubiquité, les flux, les transports lourds, la culture de la mer, l'écologie, le rapport au temps et au tempo, totu ceci pose à nouveaux frais la question de la géopolitique et du continuum. Et ce continuum, il prend forme ici, sur ce trait de côte.

Une mondialisation heureuse consisterait à retrouver l'intelligence de cette externalité dont nous éprouvons jusqu'ici surtout les désagréments sans en retirer les bénéfices — sauf pour les plus riches.

La ville va muter pour se retrouver au-delà d'elle-même dans un mouvement qu'il va nous falloir rendre habitable. Et nous n'en sommes qu'au début.