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Création d'une SCOP

La création d'une SCOP (Société COopérative et Participative) est un processus assez long, non seulement au niveau administratif mais aussi, et surtout, au niveau de la réflexion et des échanges nécessaires pour créer un cadre de travail pérenne.

Une SCOP est basée sur une gouvernance démocratique qui doit être mise en pratique dès sa genèse en définissant ce qui va unir les individus qui souhaitent la composer. Si pour une société commerciale classique ce point commun est le profit et l'activité associée, pour une SCOP il s'agit de définir la rentabilité et les valeurs associées. Et ce n'est pas facile. D'une part car les exemples sont relativement rares, du fait de la rareté de ces sociétés déjà avec moins de 2000 SCOP en France et du manque de documentation à ce sujet (surtout dans le domaine du Web) ; d'autre part car il devient de plus en plus en plus inhabituel de se regrouper autour de valeurs, notre société capitaliste tendant à nous fédérer sur des produits ou des marques et à nous individualiser — tout le contraire d'une SCOP en somme.

Partant de ce constat, nous avons décidé de publier les différentes étapes qui nous ont permis de monter notre SCOP, en toute transparence :-).

Le bon moment

Il s'agit avant tout de regrouper des personnes bien sûr (qui seront forcément les bonnes), mais cela ne suffit pas. Il faut que ces personnes en soient à un moment de leurs vies qui leur permette à la fois d'avoir la motivation nécessaire, l'expérience de leur métier et la capacité à prendre ce risque.

Motivation

La motivation c'est avoir envie de faire quelque chose ensemble, mais aussi de changer à notre échelle la façon dont fonctionne notre société, de passer d'une approche clients/fournisseurs hiérarchique à celle de partenaires/projets participative.

Expérience

Pour se lancer dans une telle aventure, il faut avoir confiance dans la valeur de son travail et quelque part s'être rassuré sur ses compétences, en étant à son compte par exemple, pour bien comprendre comment tourne le système — et ses sources de frustrations — et ainsi être capable de proposer des pistes d'évolution.

Risque

C'est une voie risquée. On se lance sans aucune garantie quant à la réception du message par le public visé. On a beaucoup d'espoir mais ça ne nourrit pas donc il vaut mieux avoir le frigo plein avant de démarrer ;-).

Les bonnes valeurs

Une fois d'accord sur les personnes et le timing, on entre dans le vif du sujet avec les innombrables discussions relatives aux valeurs que l'on veut porter et supporter professionnellement.

C'est à la fois épuisant et passionnant.

Épuisant car c'est une discussion qui amène à se demander pourquoi est-ce que l'on travaille, pourquoi est-ce que l'on a choisi ce domaine de compétences, pourquoi certains projets échouent, réussissent, pourquoi est-ce que l'on en arrive à cette situation, pourquoi est-ce que l'on veut changer, comment on peut espérer le changer, pourquoi est-ce qu'on choisi de s'ajouter ces contraintes, pourquoi est-ce qu'il est nécessaire de revenir à des valeurs qui semblent évidentes, etc.

Passionnant car chacun arrive avec son expérience, ses envies, ses points de vue, ses rêves et qu'il faut arriver à un consensus avec tout ça ! Passionnant aussi car on sort grandi de ces discussions, chaque nouvelle réflexion étant une piste à explorer, chaque affirmation étant à redémontrer, chaque proposition comme un nouvel appel d'air stimulant nos neurones.

Et le pire c'est qu'une fois les valeurs et leurs principes déterminés, il faut réfléchir aux formats adaptés aux différents publics (internes, externes, clients, administration).

La bonne comptabilité

Plusieurs documents sont utiles pour faire des simulations et estimations visant à l'équilibre financier :

  • le compte de résultat : permet de s'assurer que la balance charges vs. produits est respectée pour les 3 années à venir ;
  • le plan de trésorerie : simule mois par mois les entrées/sorties sur le compte en banque de façon à notamment anticiper toutes les charges d'exploitation ;
  • le plan de financement initial : les besoins (frais d'établissement) et les ressources (apports personnels) au démarrage de la SCOP ;
  • structure du coût horaire : permet de simuler le nombre de jour facturés/non facturés par personne en fonction de l'activité et du chiffre d'affaire envisagé ;
  • le bilan comptable : un instantané des entrées/sorties après un an d'activité.

Tous ces documents ont été dynamisés afin de pouvoir faire des simulations en direct, de voir à quel moment on se met dans le rouge, d'envisager plusieurs scénarios, de calculer la part d'imposition personnelle, etc.

Le bon diagnostic

Une fois ces étapes validées, il est temps d'aller faire un bilan de pré-diagnostic avec l'union des SCOP de la région qui va déterminer si notre dossier est prêt à être présenté au ministère qui, graal ultime s'il est validé, l'inscrira à l'annuaire national des SCOP et permettra d'être officiellement une Société COopérative et Participative avec les avantages fiscaux qui en découlent (d'où la nécessite du dossier en question pour limiter les abus). Pour vérifier que le dossier n'est pas (trop) du pipeau, une révision coopérative annuelle est prévue, sorte de contrôle fiscal gentil, vérifiant « la situation financière, le fonctionnement coopératif, l'organisation, la stratégie et la conformité juridique », tout un programme.

Les avantages suite à cette inscription sont de 2 natures :

  • concurrentiel : avec un accès privilégié à la commande publique ou « droit de préférence » lors de l'attribution des marchés (à équivalence de prix ou d'offre (ou de piston ?)) ;
  • fiscal : diminution de la part d'impôt sur les société entraînée par une augmentation de la part de participation et de la réserve (ce n'est pas de la concurrence déloyale, c'est pareil pour une SàRL classique mais celle-ci va généralement faire passer ça en bénéfices car c'est plus profitable, à court terme en tout cas…)

Tout ça pour ça ?! Oui c'est pas grand chose au final (même s'il y a également des aides propres aux SCOP : SOCODEN, SOFISCOP, SCOPINVEST, etc) mais on ne décide pas non plus d'avoir cette démarche pour maximiser le profit donc c'est pas plus mal ;-).

Ces différents points feront sûrement l'objet de billets plus détaillés par la suite mais au moins vous avez une vue d'ensemble.