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L’Histoire de scopyleft

Nous avons souhaité écrire et diffuser l’histoire de scopyleft de sa création à ce jour (juillet 2014) pour afficher nos réussites, nos échecs et nos doutes. Cette histoire se découpe en trois périodes :

  • Avant la création jusqu’à juin 2013
  • Juillet 2013 à décembre 2013
  • Janvier 2014 à juin 2014

Note : cette histoire a été rédigée par Élodie Deschamps fin juin 2014 après avoir interviewé séparément chacun des membres de scopyleft.

Les prémices de scopyleft à la période de démarrage - Avant la création jusqu’à juin 2013

L’idée de monter une entreprise coopérative émane du collectif Particules dans lequel nous partagions en tant qu’indépendants. Ce collectif ne permettait pas de mutualiser le travail, et la SCOP était un moyen de partager l'outil de production.

Nous souhaitions réussir à travailler sur des projets ensemble, avoir une structure qui porte des projets non réalisables en tant qu’indépendants, et aussi travailler avec d'autres personnes sur d'autres types de projets avec une dimension éthique et une volonté d'utilité.

À plusieurs, on a plus de choix, plus de possibilités de réfléchir et de discuter des clients, pour évaluer si les projets collent ou non à l'éthique et aux pratiques ce qui apporte plus de sécurité et surtout permet de faire des choix plus avisés

Monter une entreprise, ok, il fallait d’abord s’entendre sur les valeurs : honnêteté intellectuelle, partage, courage, respect et bien-être. L'écriture du Manifeste était antérieure à la création, nous y avons consacré beaucoup de temps. Nous n'avons finalement pas réussi à écrire un document à 4 mais ces discussions ont vraiment fais évoluer la réflexion collective. La rédaction du manifeste était peut-être notre première collaboration à 4.

Nous avons aussi fais le choix de créer scopyleft en SCOP. Nous apprécions la vision alternative de l’entreprise qui colle avec l'utilité des projets, nous souhaitions sortir du modèle capitaliste en collectif, pour faire le choix de l'égalité entre les membres 1 personne = 1 voix. Se créer en statut SARL SCOP nous permet aussi d'être lien avec les réseaux SCOP, dans différents secteurs d'activités, ce qui apporte une belle ouverture à de nouvelles personnes. L'égalité dans scopyleft et les apports égalitaires étaient une évidence pour nos valeurs. L'inégalité dans le travail était possible par vagues. La base : égalité, solidarité (par exemple, Niko qui a beaucoup travaillé la 1re année, il aurait pu relâcher la 2e année, les autres auraient pris le relais).

Cette première période a été très difficile pour l’ensemble de l’équipe, malgré beaucoup d'envies de travailler ensemble sur des projets. Sur le démarrage, le travail était essentiellement administratif ce qui générait des discussions et beaucoup de frustrations. La rédaction et le dépôt des statuts, l'ouverture d'un compte à la Nef, trouver un comptable qui connaisse les SCOP…

Stéphane ne voulait pas devenir manager et il était d'accord pour s’occuper de l’administratif au lancement avec Nicolas. Nicolas s'est plus dirigé vers le démarchage commercial et Vincent aidait Stéphane sur l'administratif. Stéphane, ancien gestionnaire d'entreprises acceptait de prendre en charge l'administratif pour le faire de manière rapide et efficace, et Vincent avait besoin de plus de temps, ce qui a causé des frictions avec Stéphane. Cette période a permis à l'équipe d' apprendre à travailler ensemble et à faire des conciliations.

Stéphane s'occupait aussi de la refonte du projet Crise-Typhon futé. Nous avons intégré l'incubateur d'innovation sociale, Alter'Incub ce qui produisait une montagne de présentiels et de travail administratif. Avec le recul, nous y avons fais de belles rencontres, et nous avons passé trop de temps pour peu de résultats concrets. Nous avions besoin de passer par AIter'Incub pour nous rendre compte que nous avions le potentiel pour accompagner des projets web, et cela nous a permis de comprendre le fonctionnement d'un incubateur pour proposer différemment.

Pour faciliter la communication interne, nous avons mis en place des outils collaboratifs informatiques et méthodologiques (cérémoniaux agiles…). Ces outils nous permettent de maintenir une communication notamment pour le travail à distance par des contacts quotidiens. Nous nous sommes rendu compte qu'il était aussi important de parler du moral et des ressentis que des faits.

Nous avions peu de clients au démarrage de scopyleft. Nous n'avions pas anticiper la communication, nous aurions pu communiquer avant le lancement, et il paraît normal qu'il existe un intervalle entre la création et l'arrivée des premiers clients. Nous nous sommes aussi orientés vers une nouvelle activité : du développement web couplé à l'envie de travailler avec des outils collaboratifs, ce qui pouvait faire peur aux nouveaux clients (nouvelles méthodologies, pratiques ajoutée à une nouvelle équipe).

Niko a trouvé le plan Mozilla dans sa mission de prospection commerciale, cette mission a permis de rebondir sur la trésorerie, car elle garantissait au moins 6 mois d'activité. Mozilla a apporté une respiration financière et une autre direction possible pour scopyleft de partenariats potentiels avec une clientèle étrangère (qui était réfutée auparavant, l'objectif initial était aussi de faire du local). Mozilla collait bien à la philosophie scopyleft au niveau éthique, le fait que tout soit en open-source nous plaisait.

Ce manque d'activité a eu pour conséquence une baisse de moral des troupes, nous avions peur de commencer quelque chose si on ne suivait pas financièrement. Pour nous redonner la patate, nous avions instauré les scopyfuns, ils nous ont permis de mieux nous connaître. Les scopyfuns ont aussi crée des frustrations de Niko qui était à 100% sur Mozilla à partir d'avril. Avec le recul, nous aurions préféré que l'ensemble de l'équipe puisse participer.

Puis les frustrations de Niko se sont décuplées. Niko était à 100% Mozilla en prestation et non dans la collaboration, il a commencé à se sentir isolé, et un fossé s'est creusé entre lui et l'équipe. Le fait qu'il soit le seul à apporter de la trésorerie tandis que ses collègues faisait de l'administratif a commencé à le déranger. Ce qui a posé un malaise et une culpabilité du reste de l'équipe.

L'arrivée de David sur Mozilla en juillet 2013 a apporté une respiration pour tous. La valeur solidarité se mettait en application, Niko n'était plus tout seul, le pied au plancher. Cependant, le contrat Mozilla n'a pas encouragé à la collaboration, les développeurs travaillaient de façon isolée, avec peu d'échanges en interne, et a crée une distance sur la communication professionnelle.

Sur cette première période, nous avions une volonté de partage et nous ne sommes pas allés au bout de nos envies. Nous avons quand même un peu partagé. Niko faisait du Casper JS, Vincent du pluggin Django, David écrivait des articles de blog et Stéphane et David échangeaient et communiquaient beaucoup dans les évènements (agiles, sudweb, opendata...), Stéphane organisait des rencontres avec des externes sous forme de repas à Clapiers le midi.

Nous avions aussi partagé la comptabilité et nous avons eu des retours de nos pairs pour qui les comptes leur ont permis de connaître les coûts de création et de gestion au démarrage d'une entreprise.

Juillet 2013 à décembre 2013

Sur les 6 premiers mois, il y'a eu beaucoup de discussions. le climat était déjà tendu entre les membres de scopyleft.

Niko était de plus en plus épuisé, David était assez content de bosser pour Mozilla, même si le projet était difficile. Vincent a rejoint Mozilla aussi ce qui a stabilisé l'activité économique et relâché la pression financière.

Stéphane se retrouvait seul à s'occuper de la gestion, de la comptabilité, et des potentiels projets web. Il impulse l’idée de l’embauche d'une personne pour partager le travail. Selon lui, Les taches répétitives ne sont pas épanouissantes, on ne doit pas les déléguer à d’autres personnes. Il souhaitait diluer les taches répétitives à 5 et de minimiser le travail administratif.

Nous avons décidé en été 2013 de recruter une personne pour collaborer avec Stéphane. L'idée était de ne pas se prendre la tête, de faire un recrutement simplement. S'il n'y avait rien de contre, on embauchait la personne. L'embauche d'une personne a suscité beaucoup de débats, nous n'étions pas alignés.

David et Stéphane souhaitaient une personne motivée, et préféraient recruter en mode intuitif. Niko et Vincent préféraient un mode plus classique de recrutement et souhaitaient rencontrer plusieurs candidats. Les avis fort ne pouvant mener à des compromis et ne menant pas à un consentement, de nouvelles tensions fortes ont émergé entre Stéphane et Vincent. La bienveillance reprendrait bientôt le dessus.

Nous nous sommes posé la question de la confiance, à quel point peut-on faire confiance à une personne qu'on recrute en deux rendez-vous ? Il est d'autant plus difficile de recruter pour une SCOP si on choisit des statuts qui obligent le salarié à devenir associé, c'est une bonne chose, mais cela ne nécessite pas la même implication. Avec le recul, ce type d’embauche positionne très clairement une hiérarchie patron-salarié, pas adaptée à notre modèle de SCOP égalitaire.

Conséquences : Elodie a été embauché en octobre 2013. Elle a monté une subvention ESSOR de la Région qui a permis de financer 50 % de son poste (salaire chargé). Cette embauche a permis aux 3 développeurs de déculpabiliser, Stéphane aurait de l'aide d'Elodie. Elodie a surtout pris en mains du travail administratif et juridique et ne se sentait pas d'accompagner des projets web et de faciliter. Elodie était une novice du web, et c'était une bonne chose au départ pour la complémentarité avec l'équipe.

Le climat s'est un peu allégée mais des sujets administratifs et juridiques ont continué à nourrir l'ambiance difficile. La rédaction des accords de participation s'est mal passée. Nous avons eu un refus de la CGSCOP sur la formule inversement proportionnelle aux salaires (formule dédiée à compenser les salaires les plus faibles pour atteindre une égalité de rémunération en fin d'année grâce au résultat). Nous n'avons pas pu appliquer la formule en fin d'année pour répartir le résultat de façon égalitaire. Nous avons rectifié le tir depuis, début 2014, en faisant le choix des salaires égalitaires, ce qui allégera la répartition de fin d'année et apportera plus de simplicité.

En réalisant cette formule « inversement proportionnelle aux salaires », nous voulions explorer le statut SCOP afin qu'il corresponde au mieux à nos valeurs égalitaires.

Fin 2013, Stéphane s'est interrogé sur son rôle, sa mission. Son objectif était : comment accueillir les 3 développeurs sur de nouveaux projets ? Stéphane avait la volonté de facturer pour augmenter l'activité dans un soucis d'égalité et en même temps il s'occupait de la transmission avec Elodie afin qu'elle trouve sa place dans l'équipe. Vincent ne se sentait pas à l'aise sur le projet Addons de Mozilla, il avait déjà l'envie de faire autre chose fin 2013.

Sur cette 2 ème période, il y'a eu moins d'échanges en interne les développeurs sont sur Mozilla et chacun est isolé sur son projet. Niko a senti une grande frustration et un décalage entre les valeurs affichées et la pratique, dans son burn-out en octobre (2 semaines d'arrêt dues à une surcharge de travail). Il sentait la valeur solidarité comme théorique et non appliquée. Selon lui, le désalignement continuait dans l'équipe : il n'y avait pas les conditions réunies pour assurer la bienveillance alors qu'il existait une volonté affichée (friction Niko-Stéphane).

A cette période, nous avons participé à nombreux évènements (sudweb, agile tours, LIFT, TedX). Tous ces évènements nous ont beaucoup apporté en terme de rencontres, LIFT était très inspirant. Cela nous a aidé à construire les fondements de la méthodologie actuelle pour la suite scopyleft, le terreau pour pouvoir continuer à innover.

Janvier 2014 à juin 2014

David et Elodie collaborent sur l'Arbifeste. La co-construction de l'Arbrifeste est arrivée au moment où les membres de scopyleft avaient besoin d'échanger et de se réaligner sur les valeurs. Ces discussions ont sûrement eues un impact sur le départ de Niko.

Niko n'a pas compris pourquoi en janvier 2014, les 3 développeurs ont décidé de prolonger Mozilla. Selon lui, il existait un décalage entre la vision initiale collaborative et le prolongement du contrat Mozilla. Il a suivi les 2 autres mais il souhaitait déjà participer à d'autres types de projets ; Vincent a arrêté Mozilla en mars 2014 et David a décidé de prolonger pour pouvoir s'occuper de son fils et travailler à distance.

En mars 2014, Niko a décidé de quitter scopyleft. Niko avait des problèmes financiers, et il ne se sentait plus aligné avec les pratiques scopyleft. Selon David, Niko ne souhaitait pas imposer à scopyleft un salaire si haut. Il se sentait responsable de porter la boite financièrement.

À la même période, Elodie a finalisé sa période d'essai pour un CDI à scopyleft. À partir de cette période, tous les membres de scopyleft travaillaient à distance : David, Vincent, Elodie.

Le départ de Niko ouvre de nouvelles perspectives : une occasion de se réorienter vers la formation ce qui constitue une forme de partage intéressante :

  • formations techniques pour Vincent (Django)
  • formations agilité pour Stéphane (Scrum)

Vincent a décidé de quitter Mozilla pour aller vers des projets qui apportent une valeur en terme d'utilité. Vincent se sent plus à l'aise avec les rencontres des nouveaux clients, le tutoiement est de mise (plus de complicité, plus de sincérité), ce qui casse la relation prestataire-client. Cette nouvelle relation client positionne scopyleft en partenaire projet, nous nous rapprochons d'une forme d'économie collaborative, avec des partenaires complémentaires. La méthodologie Lean Canvas qu'expérimente Stéphane depuis le début d'année apporte beaucoup aux nouveaux projets

Elodie s'éloigne de plus de plus de scopyleft, et Stéphane sent Elodie peu impliquée et peu autonome, trop en attente de tâches et de travail. Elle organise l'AGO et gère d'autres missions juridiques et administratives. Elodie se sent de moins en moins motivée par la technique et les projets web, milieu qu'elle a découvert en octobre 2013 à son embauche. Stéphane a le sentiment qu’elle ne va pas arriver à l'aider et il reprend le rôle d’efficacité sur les projets web.

Stéphane et Claude Aubry établissent une méthodologie pour faire avancer les ateliers de co-construction. La dimension partage était limitée au départ, ces ateliers sont une bonne expérience pour expérimenter une nouvelle façon de concevoir des projets web en collaboration avec des citoyens.

En avril 2014, Elodie réfléchit à quitter scopyleft, elle propose d'aller faire une formation pour vérifier si la gestion de projets web pourrait l'intéresser. Cette formation lui a permis de comprendre que le web était intéressant, mais qu'elle aspirait à travailler dans un autre domaine. Elle annonce son départ et partira fin juin. Avec le recul Stéphane pense que les futurs embauches seront issues de relations préexistantes, en étant stagiaire, partenaire... Le fait de travailler déjà ensemble pourrait permettre de s’engager plus sereinement.

A cette période, Stéphane redémarre le lieu pour y mettre un nouveau souffle en le transformant en espace de co-working, ce qui apporte une ouverture sur l’extérieur à de nouveaux petits projets. Stéphane continue à travailler avec Vincent sur des pépites collaboratives. David travaille toujours à distance de Arles pour s'occuper de son petit.

Financièrement, nous sommes à l'équilibre pour pouvoir explorer d'autres voies. Il nous manque toujours une visibilité sur la trésorerie, ce que nous souhaitons mettre en place pour les mois à venir. Stéphane est très motivé pour l'ouverture du lieu aux coworkers et des échanges à Clapiers. David organise un sprint de 3 jours avec Mozilla là-bas et fera un 2ème sprint en juillet. Ce lieu est positif pour travailler avec des externes et avec des pairs.

Stéphane communique avec la communauté, explique la démarche d'ateliers de co-construction au TedXToulon.

Coup dur pour scopyleft, 2 départs en 3 mois. Mais en même temps, cela apporte beaucoup de renouveau, nouveaux projets, nouvelles rencontres, et plus de fluidité dans l'équipe qui se retrouve désormais à 3 à partir de juillet 2014. Chacun cultive un bout du potager dans son coin pour l'instant, avec l'espoir de plus de collaboration en interne à partir de septembre 2014, date à laquelle David pourra être plus présent à Clapiers.

Et l'histoire continue…