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Cette interview est sous licence CC by-sa 4.0.

Bonjour Jean-Baptiste. Comment te présenter ? Tu es développeur et traducteur pour des distributions GNU/Linux ?

Je suis principalement utilisateur de GNU/Linux, traducteur de quelques projets, coordinateur de l’équipe de traduction francophone de Fedora et j’aide aussi à la coordination globale de la traduction Fedora. Notre équipe compte de 4 à 6 personnes actives mais dont les contributions sont très variables dans le temps, vu qu'elles contribuent toutes à d'autres projets aussi. Par exemple dans Borsalinux, l’association française de Fedora, le président Charles-Antoine Couret (aka Renault) est impliqué dans le marketing, tandis que le secrétaire Emmanuel Seyman (aka Eseyman) est aussi mainteneur de paquets Perl. Par ailleurs mes compétences en développement sont très rudimentaires, mon métier est lié à l’informatique mais j'utilise principalement des outils de bureautique.

En quoi consiste la (ou les) tâche(s) de traduction, sous Fedora par exemple ?

Fedora est une plate-forme, une distribution comportant le fruit du travail de milliers de personnes et tout autant de projets différents. Nous essayons d'améliorer l’expérience utilisateur globale, quel que soit le projet source concerné.

Évidemment, nous traduisons en priorité les sites Fedora, ses outils (l’installateur, etc.) et la documentation de Fedora via une plateforme assez ergonomique : Zanata. Nous allons également à titre personnel donner un coup de main sur des projets quand on détecte un manque ou une erreur. Nous traduisons surtout ce que nous utilisons, ou des projets pour lesquels nous avons une appétence ou que nous souhaitons soutenir.

Pour la traduction d’un logiciel de la communauté Fedora, il faut se rendre sur https://fedora.zanata.org, sélectionner son projet, sa branche, puis une interface graphique tout à fait ergonomique permet de travailler et de s’appuyer sur les traductions déjà réalisées (via une mémoire de traduction) ou le glossaire.

Concernant la coordination, mon travail consiste en quelques tâches clef :

  • Comprendre quels sont les projets à traduire (nouveaux projets importants, nouvelles versions, etc) et où aller réaliser le travail (chaque projet peut avoir son outil ou s’être greffé à une plate-forme) ;

  • informer les contributeurs et traduire avec eux ;

  • contrôler que notre travail atteint bien l’utilisateur final.

Quels sont les aspects agréables… ou ingrats de cet exercice ?

Les traducteurs sont des citoyens du monde qui aiment leur langue, celle-ci est le vecteur de la culture. Donc contribuer à la traduction, c’est contribuer concrètement à l'extension d'une langue. On rencontre donc fréquemment des personnes qui connaissent les autres langues, leurs défis à l'écrit, dans les règles typographiques et qui prennent plaisir à aller découvrir la culture des autres. Derrière chaque sigle, on découvre une nouvelle histoire. Par exemple, j'ai récemment découvert le Kannada : au delà de l’histoire, même les formes et la hauteur des caractères présentent des défis radicalement différents d’une écriture latine et invitent à s’intéresser à cette culture : ಫೆಡೋರ ಮಾಧ್ಯಮ. Nous essayons également d’être plus rigoureux sur le bon usage des mots afin de nous assurer d’abord d’une bonne compréhension par l’utilisateur, puis ensuite d’éviter les anglicismes faciles qui nous tendent les bras (oui, nous disons « courriel »).

Cependant, nous sommes réellement à l’âge de pierre de la traduction. Les producteurs sont des communautés linguistiques, tandis que la distribution est structurée par projet, ajoutant des délais énormes à chaque correction. Si je trouve une erreur dans un petit logiciel tel que Zim - le wiki de bureau - je corrige sur leur plate-forme, puis j’attends la prochaine publication du logiciel ou j’en provoque une moi-même en le demandant au projet. Une fois celle-ci disponible, je demande au mainteneur du paquet de ma distribution de mettre à disposition cette nouvelle version. C’est seulement après ces deux étapes que l’utilisateur final peut recevoir la mise à jour… après 3 semaines au mieux, et plus fréquemment quelques mois. Sauf qu’entre temps la traduction est fausse ou incomplète ! Pour peu que le projet soit assez dynamique, de nouvelles phrases seront apparues et seront de nouveau à compléter… Imaginez maintenant qu’il y a 97 langues par défaut sur Zanata, 198 pour GNOME… nous sommes donc face à un problème d’indépendance des communautés linguistiques. Comme les français sont nombreux et qu’ils produisent beaucoup de bons logiciels libres, c’est souvent transparent, mais cela reste très inefficace !

Est-ce qu’il s’agit seulement de volontaires, ou bien travaillez-vous aussi avec des traducteurs professionnels ?

Le professionnel sera a priori meilleur en anglais, l’exercice régulier lui apporte de bons réflexes et une expérience certaine, mais le plus important est de bien chercher à comprendre le sens et le contexte de la phrase. Je fais autant confiance à un professionnel qu'à un volontaire - pour ces deux profils, ce sont des contributeurs et ils sont les bienvenus.

Quelques employés Red Hat font de la traduction française (ils fournissent d’ailleurs un guide de bonne pratique et un lexique), mais je vois surtout la contribution de Red Hat sur l’infrastructure, l’internationalisation (polices, méthodes de saisie), la production d’outils (installateur, plate-forme de traduction), la documentation et les sites internet.

Comment vois-tu évoluer la traduction pour les distributions libres dans les années à venir ?

Mon sentiment est que nous avons perdu une génération de contributeurs et de pratiques, les archives des listes de diffusion, des Wikis et autres sont très éclairantes sur ce que je perçois comme une petite baisse de régime.

J’ai plusieurs souhaits pour l’avenir :

  • disposer d’outils de mesure/suivi qualité globaux à l’échelle de l’ensemble de la plate-forme Fedora (Pology, Transvision, Grammalecte, etc.),

  • créer un canal de diffusion simplifié des traductions, ayant un couplage moins fort avec la création de paquet.

Les changements actuels concernant l’empaquetage des logiciels ne me semblent pas pouvoir influer sur les traductions, mais peut-être suis-je complètement dans l’erreur 😏.

Est-ce que c’est une expérience que tu arrives à valoriser ailleurs que dans « le libre » ?

Je n’arrive pas encore à valoriser cette expérience à titre professionnel, mais j’y travaille ! Dans tous les cas, l’engagement associatif est enrichissant et toujours apprécié, surtout que traduire implique de découvrir de nombreuses fonctionnalités et outils que l’on peut ensuite utiliser et promouvoir.

Un dernier mot pour encourager des futurs contributeurs ?

Nelson Mandela disait : « If you talk to a man in a language he understands, that goes to his head. If you talk to him in his language, that goes to his heart. »

Contribuez aux projets que vous utilisez - surtout, si vous traduisez des milliers de mots, mais il faudra pouvoir maintenir ces traductions dans le temps, et donc les petites contributions régulières ont beaucoup de valeur. Ce n’est jamais vraiment difficile de traduire, il faut surtout trouver où le faire ;)

Utilisez votre langue et écrivez avec elle, même si votre sujet est pointu, même si votre auditoire est probablement plus restreint que l’anglais.

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